Télétravail, il n’y a que moi qui m’aille – par Anne Boulord

Article tiré du site revif.be

Le télétravail, qui n’a démarré que poussivement en Belgique dans les années 80, connaît aujourd’hui un véritable boom. Échapper aux trajets quotidiens, au stress du bureau, aux cancans des collègues, aux levers à l’aube et retours tardifs à la maison… on en rêve tous. Oui, mais il y a un « mais ».

Le fait de travailler chez soi, s’il procure confort et sentiment de légèreté, ne va pas sans une bonne dose d’autodiscipline. © Corbis

Vivre entouré de personnes qu’on n’a pas choisies, se plier à des horaires parfois extrêmement contraignants, perdre des heures dans les embouteillages ou sur un quai de gare, subir des réunions chronophages ou une ambiance de bureau tendue… c’est le lot quotidien de nombreux salariés. Cumulés, ces « toxiques » sont la source d’une pression constante exercée sur notre organisme et notre bien-être, et à l’origine de maux divers. S’abstraire ponctuellement d’un tel environnement et pouvoir se recentrer sur son rythme propre, être plus autonome dans la réalisation de son job, dégager du temps en pleine journée pour effectuer de petites tâches, faire une mini-sieste après le déjeuner… et même turbiner en pyjama : tout devient possible, puisque le seul maître à bord, pour une fois, c’est vous ! Pourtant, s’il procure confort et sentiment de liberté, le télétravail ne s’improvise pas et induit de nombreuses contraintes, dont on ne s’aperçoit malheureusement souvent qu’à ses dépens, et sur le tas.

Pendant ce temps-là, au bureau

Vos collègues sont à leur poste, leur boulot entrecoupé de petits moments de la vie collective, échanges à la machine à café, drinks, réunions informelles. Autant de « pauses » admises, intégrées dans le planning sans que personne y trouve à redire. Pour le télétravailleur, la situation est tout autre : parce qu’il n’aura pas passé sa journée sous les yeux de son supérieur, il sera parfois suspecté de flemmarder, de passer une journée « light », bref, de carotter. Fausse idée à stopper très vite car elle peut contaminer toute une équipe, et nourrir des rancoeurs larvées entre collègues.

S’il est vrai que le télétravail, encore trop peu encadré par des accords collectifs (voir encadré en page 66), est souvent octroyé au cas par cas et pour des raisons de convenance personnelle, il n’y a bien entendu aucune raison d’être « puni » parce qu’on le pratique. Cela dit, mettez-vous à la place de vos collègues : si vous ne décrochez pas le téléphone alors qu’ils ont une question urgente à vous poser, ne répondez pas dans la minute à un e-mail important, il est naturel qu’à la longue, ils s’en irritent. Et que leur rétorquer ? « J’étais sous la douche » ? Pas très pro, comme argument…

Pour contourner cet écueil, formulez un accord écrit très clair en termes d’horaires et de disponibilité. Dans la fourchette flottante 7h-19 h généralement admise, ménagez des moments où vous êtes joignable, 10h-midi et 13h-16 h par exemple. Pour le reste, il vous appartient d’organiser vos plages d’activité comme bon vous semble mais ne dérogez pas à cet accord, cela pourrait vous desservir.

Et même si vous n’avez rien à vous reprocher, rendez-vous « visible », surtout si le contrôle et le déficit de confiance sont de mise au bureau : vous êtes derrière votre ordi à 7 h 45 ? Envoyez un e-mail à votre supérieur, il ne saura jamais que vous lui avez écrit en pantoufles, mais notera que vous êtes effectivement en train de bosser et pas de faire la grasse matinée.

De même, participez le plus activement possible aux échanges du groupe, « comme si vous y étiez » : répondez aux e-mails collectifs, proposez d’intervenir en réunion par Skype, bref… ne vous déconnectez pas du quotidien du bureau. Cela fera taire les mauvaises langues, entretiendra votre appartenance à l’équipe et désamorcera en vous un dégât collatéral méconnu : la culpabilité du télé- travailleur.

Objectif: Objectifs

La visibilité se mesure à la réactivité et à la disponibilité, mais aussi, et cela peut être très déstabilisant, à la tâche accomplie. Alors qu’au bureau vous pouvez faire avancer plusieurs projets en parallèle sans forcément les finaliser, votre journée à la maison doit être mise à profit de manière mesurable et concrète. Deux avantages : achever de convaincre votre chef, s’il en était besoin, de votre productivité en lui rapportant un dossier bien ficelé, et provoquer chez vous un sentiment d’autosatisfaction extrêmement profitable à votre motivation et à votre confiance en vous : tout bénef !

Seulement, recourir à cette méthode ne s’improvise pas, surtout dans certains secteurs d’activité où ce n’est pas l’usage. S’il ne l’a pas fait spontanément, il vous revient donc d’aller vers votre supérieur pour lui soumettre précisément ce que vous comptez faire de ce temps de travail, après en avoir évalué la faisabilité et le degré de priorité. Il s’agit également d’anticiper cette journée « off » en préparant dans les moindres détails tous les éléments et informations, y compris techniques (avez-vous tous les outils nécessaires à la maison ? N’avez-vous pas oublié le câble d’alimentation de votre portable professionnel ?), qui vous permettront de vous concentrer sur votre mission et de la mener à bien. En un mot, de fonctionner un peu comme un indépendant payé « à la pièce », pas si simple…

Discipline: L’autre visage de la liberté

Le fait de travailler chez soi, s’il procure confort et sentiment de légèreté, ne va pas sans une bonne dose d’autodiscipline : si l’on connaît les empêcheurs de tourner en rond qu’on laisse au bureau, on ne s’attend pas toujours à ceux qui se nichent dans notre environnement familier. Réjoui d’être exonéré des réunions et des coups de fils des clients, on découvre hélas d’autres chronophages : les invitations à aller boire un café à l’improviste, les « Tu peux aller chercher les enfants à 15 h 30 ? » (sous-entendu : « puisque tu ne bosses pas « vraiment » aujourd’hui »), sans parler du grand phagocyte Facebook, que l’on ne consulte habituellement que quelques minutes à l’heure de table, mais qui nous fait de l’oeil non-stop depuis l’ordi familial. C’est le moment de fixer des limites et de s’auto-flageller gentiment, parce que sans le poids social du groupe, la nature humaine a tôt fait de s’égayer dans mille activités bien plus ludiques que le Dossier Duchmol. C’est aussi là que le fait de vous être fixé un objectif clair est précieux, faisant office de rappel à l’ordre.

Signifiez donc clairement à vos proches que vous travaillez et n’êtes pas disponible pour répondre à leurs demandes en dehors des pauses réservées à cet effet. Respectez, vous aussi, ce cadre horaire, cela vous évitera de produire l’effet inverse à celui recherché : rester vissé à votre écran jusque tard le soir, alors que vous souhaitiez gagner temps et énergie…

Bouton Pause on

En expérimentant le télétravail de façon organisée, on s’aperçoit très vite qu’on abat une quantité d’opérations phénoménale par rapport à une journée au bureau. Ne serait-ce que parce qu’on n’est pas interrompu par les coups de téléphone, les réunions, les demandes de dernière minute ou les petits events de la vie de groupe. Pour y parvenir, pas question de céder à la culpabilité en cravachant deux fois plus (personne ne vous y oblige… ni ne vous paiera pour cela) ou en s’infligeant de longs tunnels de quatre heures de labeur intense sans souffler. Bien au contraire, les pauses sont une des clés de la productivité, pour peu qu’on en fasse bon usage.

Au minimum toutes les 45 minutes et maximum toutes les 2 heures, décrocher complètement de son écran (oui, même de Facebook) pour s’adonner à une activité qui n’a rien à voir permet à l’esprit de se reposer, aux idées de décanter, à la machine de se relancer à pleine puissance. Durant 15 à 20 minutes, triez vos factures, préparez le repas du soir, feuilletez un magazine, allez prendre une douche, concoctez-vous une collation saine, allez chercher le pain ou promener votre chien… bref, faites une « vraie » pause. Rien à voir avec les papotes entre collègues à la machine à café où l’on parle le plus souvent… boulot.

Le télétravail n’est donc pas une récré ! Au contraire, pour être réussi tant du point de vue du développement personnel que de la productivité, il doit se pratiquer « entre adultes consentants ». Adulte, l’employeur qui fait confiance à ses collaborateurs et prévoit d’instituer un cadre écrit à cette pratique, valable pour les fonctions définies au préalable et dans les conditions fixées de manière concertée avec ses équipes. Adulte, l’employé qui saura assumer son absence physique du bureau sans culpabiliser, transformer la valeur « horaires » en valeur « objectifs » et se construire un mode de fonctionnement autonome. Bienvenue dans le monde du travail 2.0 !

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