Le télétravail rebute les managers

Par Marie-Sophie Ramspacher | 20/12/2012 sur les echos business

En dépit de son entrée officielle dans le Code du travail en mars, le dispositif reste confidentiel. Le télétravail a pourtant l’avantage d’être économique pour l’entreprise et attractif pour le salarié.

 

Le télétravail rebute les managers

Crédits photo : shutterstock.com

 

Idéaliste,le Conseil d’analyse stra­tégique imaginait,en 2009,50 % d’actifs télétravailleurs à l’horizon 2015. On en est encore loin même si la moitié des plus grandes entreprises françaises affichent une politique en la matière depuis l’accord national interprofessionnel de 2005. Selon l’étude Greenworking, le télétravail concerne 12 % des salariés en France contre 20 % dans les pays anglo-saxons et 35 % en Scandinavie.

 

 

Alice Evain,DRH Dell

 

Parmi les entreprises les plus à la pointe, Dell France est en tête de classement avec 70 % de télétravailleurs sur le site de Saint-Denis. Un score élevé dû à une population spécifique de commerciaux,en mouvement à travers l’Ile-de-France,  « qui a avantage,en termes de temps de trajet,à rédiger ses comptes-rendus au domicile plutôt que de repasser au bureau », détaille Alice Evain. La DRH de Dell Francerecommande toutefois de ne pas excéder trois jours par semaine,soulignantl’importance du sentiment d’appartenance . Tous les postes d’ailleurs ne sont pas éligibles : sont exclus les chargés d’assistance et certaines fonctions support.

Le télétravail,à petite dose,ça va

Chez Mondial Assistance ,ils ne sont qu’une cinquantaine sur 1.600 à avoir choisi ce mode d’organi­sation mais,chose rare,ceux-là ­travaillent chez eux quatre jours par semaine  « avec l’obligation de se rendre le jeudi sur le site pour ne pas perdre le contact avec l’entreprise », précise Dominique Bost,directeur initiatives stratégiques France de l’assureur. Pour autant aucun outil de management spécifique n’a été mis sur pied : « La politique maison est même inverse. Le traitement se doit d’être équivalent entre tous les salariés. »

 

Chez Renault , le télétravail ,mis en place en 2007,concerne autant d’hommes que de femmes,ce qui démonte le cliché voulant que seules les mères de famille adoptent ce mode d’organisation. 5 % des 23.000 salariés du constructeur l’ont choisi pour un ou deux jours par semaine.  « Ils peuvent aller jusqu’à quatre jours,pas davantage. Nous excluons le télétravail à 100 % pour éviter de perdre le bénéfice des contacts informels avec l’équipe », précise Valérie Cohen,directrice des services de proximité de Renault. Cet éloignement physique est l’un des principaux bémols :  « Même parmi les volontaires – des cadres à 50 % – beaucoup craignent d’être oubliés à l’heure des mobilités ou des augmentations. Il faut rassurer sur ce point en rappelant notamment notre culture ancrée du travail à distance : certains de nos collaborateurs,voire nos responsables hiérarchiques,sont basés à l’étranger et sont évidemment traités à l’identique. »

Meilleur équilibre

 

EXPÉRIMENTATION À LA SNCF
  • Cet hiver,la SNCF teste une initiative originale intitulée « Un bureau dans ma gare». Sur la ligne N du Transilien Montparnasse-Rambouillet-Dreux-Mantes-la-Jolie,d’anciens logements de chefs de gare ont été transformés en bureaux afin de permettre à des cadres,qui ont élu domicile dans cette zone mais qui travaillent à Paris,de venir s’y connecter un à deux jours par semaine. C’est d’abord pour offrir un meilleur service client aux voyageurs,victimes de déboires réguliers sur ces trajets,que la SNCF a inventé cette solution à mi-chemin entre télétravail et « coworking » :  « Appelés volontaires de l’information,ces renforts ont été formés à la prise en charge et à l’assistance des clients en cas d’incident», précise Myriam Taghzouti,responsable  de ce projet de « travail bilocalisé »,qui y voit une occasion de créer du lien entre salariés et de ramener du personnel en gare.

 

Pour le salarié,qui se doit d’être volontaire pour ce type d’organisation – son refus n’est pas un motif de rupture du contrat –,les avantages sont évidents :meilleur équilibre des vies privée et professionnelle avec la possibilité de chercher ses enfants à l’école, un gain de temps appréciableavec zéro temps de transport, une augmentation sensible de la productivité . Sébastien Lebreton,DRH d’ Alcatel Lucent France – où le télétravail concerne presque un salarié sur deux – y voit aussi un facteur de motivation :  « Travailler une même semaine dans plusieurs lieux,au bureau,chez soi et dans d’éventuels tiers lieux,rompt la monotonie,évite que les jours se ressemblent. »

 

Tous les salariés cependant ne réussissent pas à gérer seuls leur temps  « et à établir une frontière stricte entre vies professionnelle et privée » ,souligne Alice Evain. Mondial Assistance a ainsi mis en place une procédure de mise en situation des salariés pour détecter en amont les candidats faisant fausse route : « Exilés dans un bureau fermé sans contact avec les collègues pendant une semaine,ils sont testésafin de repérer ceux qui vivraient mal l’isolement »,explique Dominique Bost.

Les managers,peu enthousiaste au travail à domicile

Le principal frein à la mise en place du télétravail vient du management… Selon l’étude Mobilitis­Opinionway,48 % des dirigeants sont opposés à une demande de télétravail partiel . Un chiffre corroboré par l’Observatoire Cegos selon lequel 50 % des collaborateurs souhaiteraient pouvoir en bénéficier… Les managers intermédiaires sont les plus rétifs : « Accepter de ne plus contrôler en temps réel le travail de son équipe est une révolution culturelle. Cela implique par exemple de revenir à un management par objectifs » ,détaille Alexis Motte. Frédérique Miriel,consultante chez AOS Studley,partage cette analyse :   « Les entreprises françaises ne sont pas encore rompues au management par la confiance que sous-entend le télétravail. Tout repose encore sur le présentiel. » Et surtout pour les DRH : « les premiers à freiner,voire à bloquer sa mise en œuvre,à l’inverse des syndicats qui commencent à militer pour une organisation synonyme d’amélioration du bien-être » .

 

Pour faire tomber les réticences des managers,chacun son astuce. Sébastien Lebreton rappelle que « la réversibilité fonctionne dans les deux sens,permettant au manager d’interrompre à tout moment une organisation inopportune». Alice Evain suggère  « le travail par mode projet afin d’offrir la liberté de s’organiser » et détecte   « son potentiel d’attraction et de fidélisation envers les jeunes générations pour lesquelles le nomadisme est une évidence ».

Des économies qui se perdent

Économique pour l’entreprise qui gagne en surface et en loyers – l’immobilier est le deuxième poste de dépenses – la mise en œuvre du télétravail entraîne des frais évalués par l’étude Greenworking à 1.370 euros par poste comprenant l’audit électrique de l’habitation,l’installation du matériel informatique et,si le salarié le souhaite,l’achat d’un fauteuil ergonomique

 

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