Le télétravail dans le monde… et à Kelis.

Source : blog scenari Publié le 8 juillet 2013 par Julie C. Wojcicki

Comme vous ne le savez peut-être pas, Kelis est une société organisée de manière pragmatique mais encore inhabituelle : nous n’avons pas de locaux, pas de bureaux communs. Nous sommes tous en complet télétravail.  Il y a quelques années, nos proches nous regardaient comme des ovnis, aujourd’hui le sujet du télétravail est de plus en plus présent dans les médias et les enquêtes. Voici un petit aperçu du télétravail dans quelques pays et à Kelis.

Le télétravail en quelques chiffres

Au Canada, selon un sondage commandé par la Banque de Montréal ou cet article de La Presse, les chiffres et conclusions suivants sont intéressants à noter :

A. 61% des entreprises canadiennes craignent une répercussion défavorable sur le moral du télétravailleur.

B. 53% d’entre-elles s’inquiètent d’une perte de productivité.

C. 65% des entreprises canadiennes ayant mis en place le télétravail estiment qu’il a été positif pour la productivité — et 58% pensent que la qualité du produit s’est améliorée.

D. 64% des entreprises ayant mis en place le télétravail estiment que le moral des travailleurs a été amélioré.

E. Selon les provinces, le taux d’entreprises qui permettent à leurs salariés de télétravailler varie de 16% à 34%. Ceci s’expliquerait par des raisons économiques (densité de manufactures), et culturelles (gestion à vue vs par objectifs).

Selon les sondages, la moyenne sur le pays oscille entre 24% et 31% des entreprises qui permettent le télétravail.La possibilité de télétravailler est au Canada un moyen d’attraction et de conservation des employés.

En Allemagne, un article sur les 10 ans de télétravail à IBM Deutschland — basé sur plusieurs études des Fraunhofer Instituts ainsi que sur des études internes à IBM — souligne que le télétravail est synonyme d’avantages pour le salarié et de hausse de productivité pour l’employeur — estimée à 20%. Cette hausse de productivité y est expliquée comme étant due à la tranquillité retrouvée au bureau à la maison. « L’expérience IBM montre aussi que la motivation personnelle de l’employé [à télétravailler] est la recherche d’un meilleur équilibre entre vie de famille et vie professionnelle ». L’auteur conclut que le télétravail est une innovation des technologies de l’information et de la communication, ainsi qu’une innovation culturelle et sociétale. Le journal en ligne business-wissen.de nous annonce que 20% des entreprises proposaient de télétravailler en 2008 contre 4% en 2000.

En Suisse, une initiative nationale La quatrième édition du Home Office Day a lieu le 13 juin 2013. Elle vise à promouvoir le travail flexible et les bureaux ouverts « Les particuliers comme les entreprises ont la possibilité de proposer un bureau éphémère le 13 juin 2013. Il suffit pour ce faire de mettre gracieusement à disposition un WLAN, un raccordement électrique et des boissons » (via Cominmag.ch) . Plusieurs documents et résultats de sondages effectués en ligne sont mis à disposition. Les télétravailleurs ayant répondu aux enquêtes en 2012 travaillent en moyenne « un peu plus de 50% dans l’entreprise, environ 20% en Home Office, 20% chez les clients et 10% en déplacement ». 54% d’entre eux annoncent toutefois que les échanges informels avec leurs collègues leur manquent. 54% des personnes interrogées prennent régulièrement des pauses, mais 54,7% indiquent comme pause « effectuer des tâches ménagères ». Confrontée à une forte hausse de la population, le télétravail est pointé comme une solution à la saturation des réseaux de transport, tout comme chez nous en Île-de-France (via le journal Le Temps).

Une initiative similaire existe aussi en Belgique, sous le nom de Journée Nationale du Télétravail, dont la dernière a eu lieu le 22 novembre 2012. En Australie elle se présente sous la forme d’une semaine nationale du télétravail, tout comme aux États-Unis.

Une étude a été réalisée par une agence de voyage en ligne chinoise et des chercheurs en Économie de Standford. Elle consistait à proposer aux salariés ayant plus de 6 mois d’expérience de télétravailler 4 jours sur 5 sur 8 mois. 255 employés sur environ un millier ont choisi de participer. Les conclusions suivantes en sont ressorties :

1. Les télétravailleurs prennent moins de pauses et de jours maladie. Ils arrivent rarement en retard et sont moins distraits de leur travail.

2. Ces télétravailleurs annoncent être moins fatigués par leur travail (malgré le taux moyen de travail supplémentaire de 11%).

3. L’offre a été faite ensuite à tous les employés, et « seulement » la moitié d’entre-eux ont choisi de télétravailler, dont une partie de ceux faisant partie de l’expérience. Les raisons évoquées ont été entre autres : la vie d’entreprise en entreprise plus attractive, le besoin d’une fin explicite au temps de travail dans la journée.

Aux États-Unis, une étude publiée il y a un an donnait quelques chiffres au sujet du télétravail occasionnel. Cette étude a été réalisée à partir de données fournies par la National Longitudinal Survey of Youth 1979 (enquêtes réalisées par le ministère du travail U.S. auprès de personnes nées dans les années 1957-64), ainsi que par la U.S. Census Current Population Survey (enquêtes sur l’emploi aux U.S.A.), sur des données datant de la fin des années 90 jusqu’au milieu des années 2000. L’essentiel de cette étude se résume en 6 points :

1. Les travailleurs les plus qualifiés et ceux ayant des postes à responsabilité managériale sont les plus enclins à télétravailler.

2. Le temps de télétravail occasionnel hebdomadaire est estimé à environ 6 heures.

3. Les télétravailleurs effectuent en moyenne 5 à 7 heures supplémentaires par semaine, de manière plutôt irrégulière.

4. L’étude suggère que le télétravail est utilisé pour réaliser ces heures supplémentaires.

5. Les parents et personnes mariées sont très légèrement plus enclins à télétravailler.

6. Le télétravail n’a pas particulièrement augmenté sur la période étudiée — que ce soit en nombre de télétravailleurs ou en quantité d’heures hebdomadaires télétravaillées.

En 2010 le Telework Enhancement Act a été signé par les États-Unis et a pour but de promouvoir et améliorer la mise en place de télétravail dans la fonction publique fédérale — par exemple en proposant des outils de formation en ligne. En 2012, un excellent rapport du congrès, présente sous forme de nombreux tableaux et graphiques des statistiques sur les modes de communication de l’accord du télétravail, les moyens de formations mis à disposition et utilisés, les équipements, etc.  Sur un total de plus de 2 millions d’employés, dont plus de 680 000 éligibles au télétravail, environ 145 000 bénéficient d’un accord de télétravail et environ 170 000 télétravaillent effectivement (que ce soit régulièrement ou en cas d’urgences). 27% d’entre eux télétravaillent 3 ou plus de 3 jours par semaine, 28% 2 jours par semaine, 25% 1 jour par semaine, 3% 1 jour par mois, le restant ne s’est pas prononcé. Les deux principales barrières à la mise en place du télétravail citées sont : une résistance des équipes de management et les équipements/outils.

D’après le site collegeathome, aux USA, 6 million d’étudiants suivent des cours en ligne (de futurs télétravailleurs ?), ils étaient 17.2 millions de télétravailleurs en 2008.

En France…

Plus récemment, et franco-centré, Zevillage, LBMG Worklabs, OpenScop et Neo-Nomade ont organisé un Tour de France du Télétravail, et ont publié le résultat de cette enquête sous la forme d’un livre blanc et d’une infographie. L’enquête a été réalisée sur 3 mois, dans toute la France, auprès de 50 partenaires privés et publics et environ 250 entreprises. Ce livre blanc s’appuie aussi sur 3 études françaises sur le sujet : CAS 2009, CGIET 2011 et ORSE 2012 ; ainsi que des synthèses d’études (Les vrais chiffres du télétravail en France, le télétravail en France).

1. On en tire la définition suivante du télétravailleur : « il travaille en dehors du bureau dit habituel, au moins 1 journée par semaine, de manière formalisée ou non, voire sans bureau fixe (itinérants, mobiles, indépendants, etc) ».

2. Les télétravailleurs se regroupent en 8 segments de la population active : les salariés d’établissements de > 500 salariés, ceux d’établissements de < 500 salariés, la fonction publique, les non salariés ; le tout différencié Île de France – Province.

3. 17 % des actifs télétravaillent selon cette définition.

4. La majorité des Franciliens souhaiteraient télétravailler.

5. Le cadre légal en France a été clarifié suite aux Loi Warsmann et Sauvadet en 2012, à l’Accord National Interprofessionnel en 2005 et à l’Accord Cadre Européen en 2002.

6. 2/3 des télétravailleurs le sont de manière informelle.

7. 50 % des métiers seraient télétravaillables à l’horizon 2015.

8. La principale barrière au télétravail serait culturelle et managériale.

9. 82% des télétravailleurs pensent que le télétravail a eu un impact positif sur leur concentration, 80% sur leur stress et leur fatigue et 70% sur leur équilibre vie professionnelle vs vie privée.

10. Les utilisateurs des espaces de coworking sont à 62% des indépendants et 38% des salariés, parmi lesquels on retrouve pour moitié des salariés de TPE/PME, 20% des salariés d’Associations, le reste se répartissant entre Grandes Entreprises et Collectivités.

Le télétravail à Kelis, pourquoi ?

Nous nous rendons compte, à la lecture de ces différents articles et études, que Kelis, comme quelques autres petites entreprises du secteur numérique, n’est pas une société représentative de l’organisation du télétravail en entreprise. En effet, à Kelis le télétravail est complet (comme pour 15% des salariés en télétravail), 5 jours par semaine et tous géographiquement éloignés.

Plus qu’un choix, ce mode d’organisation s’est imposé dès la création de Kelis :

1. Par nécessité : nous étions peu — je n’étais pas encore là — et Kelis tournait à frais réduit.

2. Par fédération de compétences non localisées en Picardie : pour des raisons purement personnelles ou par rapprochement familial les nouveaux salariés ont adopté ce mode de travail.

C’est désormais une évidence qui fait partie de la culture d’entreprise. Comme toute organisation, elle a des défauts mais aussi des atouts indéniables que nous aurions du mal à remettre entièrement en cause aujourd’hui.

À chaque expansion raisonnée de la structure, nous avons remis en question les modalités de ce fonctionnement, que ce soit pour  le nouveau / la nouvelle ou pour les plus anciens. En effet, cette organisation rend l’accueil de stagiaire ou de jeune salarié difficile, l’embauche est complexe — le télétravail effraie. Cette organisation nous contraint à bien cibler le profil idéal d’un candidat, comme le souligne le blog PGI dans son article Is there a telecommuting personality type ? : être indépendant, avoir le sens de l’initiative, savoir communiquer activement (il n’y a pas d’échanges informels d’informations), etc.

Notre culture d’entreprise s’est en grande partie créée autour du télétravail : nous respectons les choix de vie de chacun, nous sommes très impliqués dans notre activité, nous avons une meilleure gestion du temps, nous utilisons peu les transports en dehors des formations (sensibilité à l’écologie), nous nous attachons plus à nos résultats qu’à nos horaires et à notre présence.  Cette implication dans l’organisation a notamment été relevée par les journaux en ligne Chef d’Entreprise et Entrepreneur : « The CEO needs to say, ‘We’re going to embrace this. We’re going to get it done the way it needs to be done’ ».

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